Nicodème

 

 

Nicodème
Jean 7,40-52

1.    La traduction

2.    La lecture

1.   La traduction

Plusieurs dans la foule l’entendant parler, s’exclamaient : Cet homme est vraiment un prophète !
D’autres affirmaient : C’est lui le Christ !
Mais certains étaient plus réservés : Le Christ sort-il de Galilée ? N‘est-il pas écrit que le Christ viendra de la lignée de David et de Bethléem son village ? Ainsi les querelles allaient bon train sur lui parmi la foule. Quelques-uns même voulurent l’arrêter mais personne ne mit la main sur lui.
Les gardes revinrent chez les grands prêtres et les pharisiens, et ces derniers s’étonnèrent : Pourquoi ne l’avez-vous pas ramené ?
Les gardes répondirent : Jamais homme n’a parlé comme cet homme !
Les pharisiens éclatèrent : Auriez-vous perdu la tête, vous aussi ? Est-il un seul d’entre les chefs religieux ou d’entre les pharisiens qui se soir rallié à lui ? Mais cette populace qui ne connaît pas un mot de la Loi, qu’elle aille au diable ! L’un d’entre eux, Nicodème, prit la parole ; Notre loi juge-t-elle un homme avant de l’avoir entendu et d’avoir connu son délit.
Ils lui répliquèrent : Serais-tu galiléen toi aussi ? Etudie, et tu verras que de Galilée, aucun prophète ne se lève !

* * * * *

2.   La lecture

Encore aujourd’hui, à moins de monter à la tribune d’un syndicat, un modeste artisan ne prendrait pas impunément la parole en public. Les personnes diplômées le feraient taire, sûres qu’il ne dirait que des sottises.

Mais ses frères en pauvreté et ignorance n’ont pas de ces préjugés et sont saisis à la gorge de ce qu’un homme de leur rang, fait pour la muette obéissance, pour le geste appris, pour la morne résignation qui s’écoule prudemment de l’enfance à la mort, jette le tumulte dans la régularité des religions impavides. N’attendez donc pas qu’ils arrêtent Jésus : il faudra, pour arrêter Jésus, que les importants se dérangent en personne. Pour l’instant, gardes et valets, sentant monter en eux une sève inconnue et leur dignité mise debout fait tomber les armes de leurs mains. Ils sont devenus des hommes libres. Quand, tout changés, ils revinrent auprès de leurs maîtres, ils les toisent d’un œil étrangement luisant. Le Christ a jeté dans leur crâne des pensées rebelles qui les arrachent au stupide pouvoir de la fortune et de la fonction. Devant ces intelligences cabrées, les puissants explosent, mais en vain. Pourquoi ne l’avez-vous pas arrêté ? Quelle idée en effet : capturer la liberté !

France Quéré, Une lecture de l’évangile de Jean, 1987, Desclée de Brouwer éditeur, 78 bis, rue des Saints-Pères, 75007 Paris, pages 49-51.

Lire dans la préface, les circonstances de la traduction et de la lecture de cet Evangile par France Quéré. Cliquer ici

 

 

 

Nicodème