« Je suis le fils de Dieu »

 

 

Je suis le fils de Dieu
Jean 10,22-39

1.    La traduction

2.    La lecture

1.   La traduction

Alors, à Jérusalem, arriva la fête de la Dédicace. C’était l’hiver et Jésus faisait quelques pas dans le temple sous le portique de Salomon.
Les Judéens s’attroupèrent autour de lui : Combien de temps encore nous tiendras-tu en haleine, demandèrent-ils ? Si c’est toi le Christ, dis-le nous haut et clair.
Jésus leur répondit : Le vous l’ai dit, et vous ne me croyez pas. Les actions que je fais au nom de mon Père témoignent qui je suis. Mais vous persistez dans votre doute, n’étant pas de mon troupeau. Car mes brebis à moi écoutent ma voix, je les connais, elles me suivent. Je leur apporte l’éternelle vie. Pas de danger qu’elles périssent ou qu’on me les enlève. Elles représentent le suprême honneur que m’ai fait le Père et nul ne peut les lui dérober. Le Père et moi sommes un.
Les Judéens ramassèrent des pierres pour le lapider. Jésus rétorqua : Je vous ai montré dans leur beauté et en grand nombre, les actes dont mon Père est l’auteur. Lequel visent vos cailloux ?
Les Judéens ripostèrent : Aucun ! C’est toi qui mérites la mort, parce que tu dis des énormités et que du fond de ton humanité, tu te prends pour Dieu !

Jésus leur tint tête : N’est-il pas écrit dans votre loi : « J’ai dit, vous êtes des dieux ? » L’Ecriture traite de dieux les hommes à qui Dieu a parlé, et l’Ecriture est irréfutable, non ? Mais vous, un homme que Dieu a consacré et envoyé dans le monde, vous l’accusez de blasphème parce qu’il dit : 3Je suis le fils de Dieu ! » Si je n’accomplis pas le travail de mon Père, ne m’accordez aucun crédit. Si je l’accomplis, négligez-moi encore, mais croyez au moins à ces œuvres qui à la longue peut-être vous convaincront que le Père est en moi et que je suis en lui.
Ils voulurent s’emparer de lui, mais il n’était déjà plus à portée de leurs mains.

* * * * *

2.   La lecture

Il les instruit aussi gravement que des disciples. Peut-être n’est-il jamais si vrai que lorsqu’il parle à ses ennemis, car, devant eux, sa parole qui le découvre, poitrine nue, aux coups de la haine, est vraiment son corps. Nul ne témoignera mieux que les pharisiens, à leur manière, du verbe fait chair. Ils ont bien compris. Dans le corps, c’est la parole qu’ils visent. La faiblesse de ce corps leur offre le seul moyen de venir à bout de son impérieuse parole. La mort qu’ils trament prouve la souveraineté d’un tel langage et la profondeur de l’incarnation. Et dans cet évangile, Jésus ne cesse de mourir, ne cessant de parler.

A la fête de la Dédicace, nous avons l’amorce d’un procès dont rêvent les adversaires, qui se réglerait tout entier entre Judéens, arracherait au Christ l’aveu impie, serait suivi d’exécution immédiate et enseveli sous les pierres, loin des regards et des hauteurs de la croix, tomberait vite dans l’oubli.

Si la manœuvre échoue, elle recèle pourtant plusieurs traits du procès réel et truqué qu’ainsi elle annonce : ici et là, on voit des hommes résolus à faire périr le Christ avant de l’avoir entendu, puis essayer de lui faire prononcer la parole sacrilège qui n’est d’ailleurs pas utile, puisque, quoi qu’il dise, vu leur détermination, il est perdu d’avance.

Jésus leur fait des réponses hardies, mais qui ne sont pas celles qu’ils attendaient et se prêtent mal à leur vindicte. Comment le châtieraient-ils si le blasphème dont ils l’accusent est écrit en toutes lettres dans leur loi : Vous êtes des dieux ? Qu’y a-t-il de condamnable à ce qu’il demande de croire à des œuvres et non à un homme ?

L’exaspération monte, à défaut de foi qu’étrangement elle dessine en creux. D’autres se jetteraient à genoux, conquis. Il faut croire que l’invincible et douce parole les pénètre eux aussi, puisqu’ils restent muets, et ne lui répondent par d’autre argument que la violence des coups. Mais le lecteur ne s’y trompe pas : c’est une louange qui, à leur insu, s’échappe de leur cœur sombre.

France Quéré, Une lecture de l’évangile de Jean, 1987, Desclée de Brouwer éditeur, 78 bis, rue des Saints-Pères, 75007 Paris, pages 65-67.

Lire dans la préface, les circonstances de la traduction et de la lecture de cet Evangile par France Quéré. Cliquer ici

 

 

 

« Je suis le fils de Dieu »