La parabole de la branche d’amandier en fleur et son message
Ecoute Dieu nous parle !

 

 

Regarde Jérémie que vois-tu ?
Et Jérémie répond : je vois une branche d’amandier hâtif
Jérémie 1,11

Le texte biblique centré sur la vocation du prophète Jérémie
Jérémie 1,4-13

Le récit de la vocation de Jérémie (Jérémie 1,4-10)

4La parole du Seigneur arriva chez moi de la manière suivante : 5« Avant de te former dans le ventre maternel, je t’ai connu, et avant que tu ne sois sorti de l’utérus, je t’ai sanctifié, je t’ai établi comme un prophète pour les nations. » 6Et je dis « Ah ! Seigneur Dieu, me voici ; je ne sais pas parler, car je suis un jeune garçon. » 7Et le seigneur me dit : « Ne dis pas : je suis un jeune garçon, car tu iras partout où je t’enverrai, et tu diras ce que je t’ordonnerai. 8N’aie peur de personne, car je serai avec toi pour te secourir – oracle du Seigneur. » 9Et le Seigneur étendit sa main et toucha ma bouche. Et le Seigneur me dit : « Voici, j’ai mis ma parole dans ta bouche. 10Regarde ! Aujourd’hui, je t’ai établi sur les nations et sur les royaumes pour arracher et renverser, pour faire périr et démolir, pour bâtir et planter. »

Sa vocation confirmée par deux visions destinées à la rendre visible (Jér. 1,11-13)

11La parole de l’Eternel me fut adressée en ces mots : Que vois-tu, Jérémie ? Je répondis : Je vois une branche de l’amandier hâtif. 12Et l’Eternel me dit : Tu as bien vu ; car je me hâte d’accomplir ma parole. 13La parole de l’Eternel me fut adressée une seconde fois en ces mots : Que vois-tu ? Je répondis : Je vois une marmite bouillante du côté du nord. Et l’Eternel me dit : C’est du nord que le malheur éclatera sur tous les habitants du pays.

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Commentaire général du texte

La Parole de Dieu arrivée sur Jérémie est loin de l’avoir convaincu, même si le Seigneur à la fin de l’entretien lui touche la bouche et lui dit « Regarde ! Je t’installe sur les nations et les royaumes » avec un ordre de mission qui comporte six verbes, groupés deux par deux, qui constituent le programme de son ministère : « arracher et renverser, faire périr et démolir, bâtir et planter » (verset 10) ; quatre actions destructrices (jugement de Dieu sur son peuple (exil)) et deux actions positives (promesse de salut (retour)) que nous rencontrerons tout au long du livre de Jérémie, (notamment : (i) en 24,6 ; (ii) en 31,28 ;(iv) en 42,10.).

A la suite de ces paroles d’envoi non acceptées par Jérémie, suivent deux visions. Dieu les donne pour permettre à Jérémie de visualiser sa mission, pour le convaincre que c’est bien Lui, Dieu, qui la lui confie :

·       D’abord, Jérémie voit une branche d’amandier. Le mot hébreu pour amandier est shaqed = le veilleur, ce qui donne immédiatement sens à toute la vision : c’est bien la Parole de Dieu que Jérémie va proclamer, et Dieu lui-même veillera à son accomplissement (11,12 ; cf. 23,20 ; 44,29). Cette vision est une concrétisation de l’assurance donnée à Jérémie par le Seigneur : Je serai avec toi (1,8).

·       La seconde vision est celle d’une marmite bouillonnante, qui annonce le jugement qui viendra du Nord, l’ennemi étant les Babyloniens (invasion annoncée par Jérémie). Le véritable auteur de l’agression ça ne sera pas les Babyloniens, ce sera, en fait, le Seigneur, parce que le peuple a d’autres dieux.

Nous nous arrêterons sur la vision de la branche d’amandier, car c’est la vision de cet arbre, l’un des premiers à fleurir à la sortie de l’hiver, qui est utilisé pour caractériser un aspect fondamental de la Parole du Dieu invisible : sa fiabilité absolue.

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La parabole de la branche d’amandier en fleur et son message

Je veille sur ma Parole, dit Dieu, pour l’accomplir
ou, je me hâte d’accomplir ma Parole

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Distance entre la parole et l’écrit. Les paroles s’envolent tandis que les écrits restent : ce qui est écrit est écrit.

Dieu et Sa Parole :

·       Dieu crée par la parole, en mettant de l’ordre dans le désordre. Dans le chapitre 1 de la Genèse, dans le récit de la création, « Dieu dit que la lumière soit ! Et la lumière fut. », et… (Genèse 1,1-26). Il s'agit de paroles qui font, c'est-à-dire qu'au moment où elles sont prononcées l'action se réalise. On dit que cette Parole, dite par Dieu, est performative.

·       Dans le chapitre 1 de l’évangile de Jean, Jean rappelant les actions de création, dissocie puis identifie Dieu à sa Parole : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle » (Jean 1,1-3). Ouverture poétique que ce prologue de Jean, en tout cas étrangère à la logique des humains, mais, quoiqu’il en soit : Ecoutons, Dieu nous parle !

·       Ici, dans Jérémie 1,11 l’intention de Dieu transmise à Jérémie, n’a pas encore été réalisée. Dieu a l’intention de juger son peuple en permettant son exil (« arracher et renverser, faire périr et démolir ») il a ensuite aussi l’intention de faire retourner son peuple de l’exil (« rebâtir et replanter »). Cette parole, annoncée à Jérémie, se réalisera : Dieu veillera sur sa Parole pour qu’elle s’accomplisse ; comme l’amandier veille en se hâtant de fleurir dès le sortir de l’hiver (de plus c’est probablement une variété particulièrement précoce d’où son nom d’amandier hâtif). Parole qui annonce non seulement le jugement mais, ensuite, l’implication de Dieu en faveur de son peuple avec l’annonce d’une nouvelle alliance, (i) celle qui sera entreprise par Esdras et Néhémie (cf. Esdras 10,3 ; Néhémie 10,1), (ii) et, au-delà, l’alliance qui sera conclue par Dieu avec Jésus-Christ, raison d’être fondamentale des premiers chrétiens (voir l’épitre aux Hébreux qui cite in extenso le texte de Jérémie : Hébreux 8,8-12 = Jérémie 31,31-34).

L’amandier, premier à fleurir, était le symbole de la vigilance et, en quelque sorte, l’emblème du veilleur. Par cette vision Dieu atteste à Jérémie sa vigilance en tout ce qui concerne sa parole. Avant même le début de son ministère après que Dieu ait appelé Jérémie pour parler au peuple, Jérémie conteste et refuse la vocation que Dieu lui adresse. Alors Dieu montre à Jérémie un arbre et demande à Jérémie : que vois-tu ? Pour Dieu, le but de la parabole est de convaincre Jérémie que c’est bien Sa Parole qu’il a entendue. Il lui montre la branche d’amandier pour attester à Jérémie que cette parole qu’il lui a adressée n’est pas n’importe quelle parole, mais c’est la Parole de Dieu. Dieu lui-même -qui est Parole- ne peut pas être mensonge. Dieu sera « de parole ». Dieu veillera, sans tarder, à la hâte, à son accomplissement.

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Fiabilité absolue ? Dieu lui-même -qui est Parole- ne peut pas être mensonge.

Cette affirmation, bien sûr, ne peut faire l’objet d’aucune preuve : ni au temps du jardin d’Eden, ni à n’importe quel moment de l’humanité ! C’est pourquoi, il est écrit « Abraham crut, et Dieu le déclara juste à cause de sa foi ». Ceux, les nations et les individus, qui placent leur foi en Dieu à la manière d’Abraham sont au bénéfice de la grâce de Dieu (Genèse 15,6 ; 17,1-8 ; Romains 4,3 ; Galates 3,6-9).

A son époque, Jérémie n’était pas le seul à se convaincre d’avoir une parole de Dieu à proclamer. Les prophètes ne manquaient pas. Il y avait en particulier le prophète attitré de chaque roi ; il jouait le rôle de conseiller. Mais il était difficile à ce conseiller, vu sa position, de contredire son supérieur. Malheureusement aussi les différents « oracles de Dieu » qui circulaient étaient souvent contradictoires. Aucun livre de la Bible ne dénonce avec autant de véhémence et le plus grand nombre de fois le mensonge, la tromperie, de nombreux « faux prophètes » disant parler au nom de Dieu. Il fallait donc chercher, et trouver (!), des critères permettant de distinguer les « vrais » des « faux » prophètes.

Ce problème de la reconnaissance des paroles authentiques de Dieu restera très actuel. On en trouve des traces dans les premières communautés chrétiennes (cf. Matthieu 7,15-20).

La question qui reste la nôtre aujourd’hui face à tous ceux qui se prétendent prophètes, ne peut guère se satisfaire d’un jugement rétrospectif : l’Ancien Testament nous apprend à devenir modestes. Distinguer les « vrais » des « faux » prophètes ne relève d’aucune procédure qui permettrait d’affirmer sans faillir où Dieu parle et où il est absent. Nous ne pouvons qu’être attentifs, et prêts à nous laisser interpeller nous-mêmes, peut-être là où nous l’attendons le moins.

Le critère décisif, la pierre de touche incontournable, pour se garder des faux prophètes qui profèrent mensonges et tromperies est donnée par Jésus :

15 Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtement de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs.

16 Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ?

17 Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits.

18 Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits.

19 Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu.

20 C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

Matthieu 5,15-20

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De la parole à l’écrit : l’effacement du ministère prophétique au profit du livre

Les avantages de l’oralité (que ce soit la Parole de Dieu ou celle de Dieu transmise via la parole d’un homme : la parole prophétique ou la parole interhumaine, tout simplement) : l’oralité possède des qualités irremplaçables. Yann Boissière cite dans son ouvrage Roberto Juarroz, évoquant la joie puissante du lien qu’engendre la parole.

L’office de la parole, …
est un acte d’amour : créer de la présence
.

Dans cette perspective, Yann Boissière souligne que quand Dieu, en Eden, appelle l’homme et lui demande : « où es-tu ? » (Genèse 3,10) son but était de restaurer la proximité, de retrouver un lien avec Adam ; c’était donc un acte d’amour.

Bien des qualités de l’oralité sont mentionnées dans le dernier ouvrage d’Éric-Emmanuel Schmitt, dans une note infrapaginale ; les voici présentées ci-dessous :

-      La parole est une présence vivante. Elle se vit dans l’instant, de bouche à oreille, portée par une bouche, une voix, un corps. Un être en chair et en os s’adresse à d’autres êtres, eux aussi présents. Il y a un timbre, des inflexions, des silences, des hésitations, des regards, des éclats, des flamboyances. La parole ne se limite pas à une suite de signes, elle constitue un moment incarné qui vibre à l’unisson. On m’objectera : elle disparaît. Je retorquerai ; précisément, voilà sa noblesse. Ce qui vit meurt, mais ce qui meurt a vécu.

-      La parole est un enseignement souple. Le Maître ajuste son discours à ceux qui l’entendent. Il observe, il s’adapte, il répond à l’humeur de son auditoire, à la lueur qui s’allume dans l’œil, à l’irrépressible bâillement. Il clarifie, il module, il insiste, il corrige. L’oralité permet la reformulation, la répétition, l’exemple, la digression, le mime, l’intonation. Elle réduit les malentendus que n’évite pas un texte figé, interprétable à l’infini. Là où l’écrit impose un déchiffrage confus, car il ne s’explique guère, la parole introduit de la nuance, de l’exactitude, de la critique.

-      La parole est un lien. Le texte, bien souvent, isole le lecteur, le place face à un volume muet, détaché de tout contexte humain. La parole, elle, rassemble. Parler revient à tisser, à réunir de façon éphémère mais intense.

-      La parole est un moteur de mémoire. Tandis que l’écriture délègue le souvenir à un support externe, l’oralité impose un exercice de mémoire.

-      La parole est formatrice. Elle aiguise l’intelligence, affine l’écoute, entraîne l’attention.

-      La parole est un acte. Dire, c’est faire. Un serment, une prière, une malédiction, un récit ont un effet. La parole agit sur le monde. Elle peut guérir, unir, fonder, modifier. Une efficacité lui incombe que la page ne relaye plus que symboliquement. L’écriture raconte, la parole transforme.

-      Enfin la parole est rare. De nos jours, on imprime, on publie, on consigne. Le cerveau ne s’y retrouve plus. Tant de livres s’accumulent que l’on ne lit plus rien, tant de phrases que l’on n’écoute plus personne. On écrit pour se taire. Voilà le triomphe du papier sur la chair. L’écrit conserve, mais dessèche. Il diffuse, mais sans la chaleur.

-       L’oralité, en ce sens, offre une forme de renouvellement constant. Quand l’écriture archive, immobilise, l’oralité anime, relance. On ne doit pas opposer brutalement l’oral et l’écrit, plutôt redécouvrir ce que la parole détient de singulier : sa force d’existence, sa capacité à éveiller un sentiment d’appartenance, à faire du savoir une expérience dynamique et partagée.

En dépit de ses multiples avantages la transmission orale va devoir être abandonnée au profit de l’écrit car de deux maux, il faut choisir le moindre.

Du temps de Jérémie, de nombreux textes de Jérémie laissent apparaître le problème de la reconnaissance du « vrai » prophète du Seigneur face à d’autres personnes se proclamant aussi envoyées de Dieu. Pour cette raison, à cette époque les paroles des prophètes ne sont plus accessibles que par le biais du livre. Thomas Römer indique que « cette évolution s’explique par le contexte où l’ordre politique et la stabilité socio-économique sont menacées en Judée par des groupes religieux d’exaltés. Afin de contrer ces mouvements, le passage de la prophétie orale à l’enseignement écrit -La Torah- est adopté. « C’est sur cet enseignement écrit que le judaïsme du second temple va fonder sa nouvelle identité ».

« Mais le silence prophétique au bénéfice du livre connaît toutefois une ouverture. Le dernier livre du canon prophétique. Le dernier livre du canon prophétique, Malachie, se termine par l’annonce du retour du prophète Elie, retour qui inaugurera le règne du Seigneur sur terre (Malachie 3,23-24). Les discussions relatées dans le Nouveau Testament montrent que certains identifieront le prophète qui devait venir soit avec Jean-Baptiste soit avec Jésus. Et Jésus lui-même reprendra à son compte l’exhortation majeure de Jérémie : Si quelqu’un a des oreilles pour écouter, qu’il écoute ! Marc 4,23 ; voir Jérémie 7,23-24 et 36,10-21) » Thomas Römer, 2003, page 96.

De nos jours, dans une société actuellement très fragmentée, où paroles dogmatiques s’accompagnent de paroles mensongères, voire haineuses, la parole est souvent « humiliée », voire contredite par ceux qui les ont prononcées. C’est pourquoi les résultats des échanges (oraux) doivent être mis par écrit et un communiqué est signé par les participants représentatifs des partis qui échangent. Finalement l’oralité des échanges doit être actée par écrit.

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Mentionnons, pour terminer, que la parole de Dieu n’est pas comparée à un arbre aux couleurs automnales, certes chatoyantes, mais destiné à se dépouiller complètement en entrant dans le froid et l’obscurité de l’hiver.

Non, la parole de Dieu est au contraire comparée à l’arbre qui, en région méditerranéenne, est l’un des premiers à fleurir à la sortie de l’hiver, l’amandier, et pas n’importe lequel amandier, un amandier hâtif : c’est là, au tout premier printemps, qu’il déploie avec magnificence ses somptueuses fleurs blanches ou rosées ; floraison qui m’a toujours émerveillée quand j’étais en pays méditerranéen pendant toute mon enfance : annonce de renouveau, de résurrection ; oui la parole de Dieu sera une parole de renouveau, après l’hiver du jugement.

C’est bien ce que reconnaît l’auteur de l’Epitre aux Hébreux : Dieu a veillé sur sa parole pour l’accomplir (Hébreux 8,8-12). Au-delà de cet accomplissement, dans la ville lumineuse de la nouvelle Jérusalem encore à venir, n’y « entrera rien de souillé, ni personne qui se livre à l’abomination et au mensonge, mais ceux-là seuls qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau » (Apocalypse 21,27). Parole accomplie, mission accomplie … pour l’éternité. Si l’écrit a succédé à l’oralité à cause de paroles mensongères, gageons que dans la nouvelle Jérusalem à venir l’oralité pourra reprendre ses droits légitimes pour parler de la gloire de Dieu, pour échanger sereinement sur nos expériences dynamiques… et inédites.

Ecoutons, Dieu nous parle !
Dieu veille sur sa parole pour l’accomplir

Philippe Vernet

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Documents de travail

Yann Boissière, 2024. Le devoir d’espérance, faire face à la crise spirituelle. Editions Desclée de Brouwer, 193p.

Eric-Emmanuel Schmitt, 2025. La traversée des temps. Tome 5, les deux royaumes. 538p. Note infrapaginale, page 57.

Thomas Römer, 2003. Jérémie. Editions du Moulin, 96p.

 

 

 

La parabole de la branche d’amandier en fleur et son message
Ecoute Dieu nous parle !